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Les Avocats du Bien

Les Avocats du Bien

— Pour détruire les couples j’ai bien d’autres stratégies… toutes plus raffinées et inventives les unes que les autres.

— Je m’en doute. Mais dites-moi, est-ce qu’il n’y a personne pour dénoncer vos agissements ? Personne pour donner l’alerte ?

— Bonne question… Et je suis sûr que vous êtes capable d’y répondre vous-même. Qui, selon vous, serait à même de me démasquer ?...

— Je ne sais pas, moi… Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut dénoncer vos agissements qu’à condition de connaître votre existence.

— Les satanistes savent que j’existe…

— Mais comme ils sont de votre côté, ce n’est pas la peine de compter sur eux. Donc il reste les croyants.

— Quel genre de croyant, à votre avis ?

— Et bien… logiquement… et puisque les chrétiens ont la tête abîmée par des opérations arithmétiques bizarres, les musulmans ?

— Pourquoi ne pensez-vous pas aux juifs ?

— Ah oui, c’est vrai – les juifs aussi sont monothéistes.

— Mais je vais vous répondre sans parler d’eux. Vous avez raison… les chrétiens ont la tête polluée de croyances étranges : la trinité, le pain qui se change en chair, les péchés transférables (en l’occurrence sur Jésus), et tout le tralala mythologique de Rome, qui a officiellement contaminé la vérité divine lors du concile de Nicée, en 325.

— Ah bon ?

— Oui. C’est moi qui ai organisé ce concile.

— Donc, pour revenir à ce que nous disions, si les chrétiens sont récusés pour idées confuses… il reste…

— Les musulmans, seuls monothéistes véritablement monothéistes à connaître toute la vérité.

— Toute la vérité ?

— Toute la vérité que Dieu a jugée utile de communiquer aux gens ; je parle de vérité religieuse.

— D’accord. Alors que font les musulmans pour vous combattre ?

— Hé, hé, hé… C’est là que ça devient drôle. Normalement, ce sont eux les avocats du bien – il leur est d’ailleurs prescrit d’ordonner, ou du moins de recommander, le bien et d’interdire, ou du moins de déconseiller, le mal.

— Ah bon ! Donc c’est vraiment leur boulot, de vous combattre… Ils ont du pain sur la planche ! Mais c’est bizarre… on ne les entend pas beaucoup parler de vous, il me semble ?

— Les musulmans n’ont pas le temps de penser à moi, à mes plans et à mes œuvres. Ils sont beaucoup trop occupés.

— Ils savent que vous existez, non ?

— Oh, pour eux, je suis seulement celui qui les perturbe dans la prière, qui leur chuchote des suggestions maléfiques dans le cœur.

— Vous en êtes bien capable...

— Bien sûr que j’en suis capable ! Je vais me gêner, tiens… Mais je fais bien plus. Or les musulmans ne s’en soucient pas.

— Mais… ils devraient, c’est leur rôle.

— Allez le leur expliquer…

— Non, mais attendez, au lieu de faire de l’ironie, expliquez-moi. Comment se fait-il qu’ils ne dénoncent pas vos stratagèmes, qu’ils ne mettent pas en garde le reste de la population contre vos ruses immondes, contre l’emprunt, contre la réincarnation, contre la théorie de l’évolution s’il est vrai qu’elle est fausse, contre les Illuminati, contre vos redéfinitions de la femme, contre tout ça et contre le reste ?!

— Je vous l’ai dit : ils sont trop occupés.

— Mais occupés à quoi ?!...

— Vous savez… prendre le café, discuter, travailler, ramasser de l’argent, l’envoyer au bled, faire des enfants, prendre le thé, discuter… et pleurnicher : «  Bouh ! Pauvres de nous ! Les médias nous calomnient, les Français nous ont colonisés, et personne ne nous aime ! On était déjà victimes du racisme, et maintenant on est aussi victimes de l’islamophobie… On n’a vraiment pas de chance ! C’est pas juste ! » On peut compter sur eux pour geindre – mais pas pour aider les autres.

— Mais c’est dégueulasse… Comment les suicidaires éviteront-ils le suicide, comment les couples éviteront-ils le divorce, si personne ne leur explique la vérité ? Puisque les musulmans sont les seuls à pouvoir le faire, il faut qu’ils le fassent !

— En fait, malgré leurs idées embrouillées, les chrétiens sont beaucoup plus agressifs à mon égard. Ils ont conscience qu’ils ne sont pas tous seuls sur cette terre et qu’ils ont un rôle à jouer. Tandis que les musulmans sont dans leur petit monde à eux, microcosme molletonné où le bruit du dehors ne leur parvient que filtré – aussi leur définition du mal est-elle aussi limitée que celle d’un poussin encore dans son œuf. Pour eux, le mal, c’est de manger du porc – et pour les plus évolués d’entre eux, c’est de ne pas faire sa prière. J’exagère, mais si peu…

— Cette définition est fausse ?

— Non : elle est ridiculement étroite. Le mal, c’est aussi la pédophilie, les meurtres et les tortures rituels ou non-rituels, l’inceste, la violence lorsqu’elle n’est pas complètement justifiée, les calomnies et les insultes, que ce soit à l’égard des hommes, des femmes, ou des enfants, les électrochocs en hôpitaux psychiatriques ou au dehors, les drogues illégales, mais aussi légales (telles que le Stillnox, le Subutex, le Xanax, etc.), l’emprunt avec intérêt quelle que soit sa forme et son prétexte, le mensonge, le racisme, la misogynie, le fait de ne pas respecter ses engagements ou d’arriver en retard à ses rendez-vous, le fait de se prosterner dévotement et servilement devant un tyran, ou devant n’importe quelle chose ou être humain, et ce quelle que soit l’étiquette qu’il porte, même celle de Cheik, le fait de s’engluer dans une routine stupide au lieu de chercher à s’améliorer et à se rapprocher de Dieu, et tant d’autres choses encore, moins graves ou bien pires... Sur tous ces sujets, soit les musulmans ne sont pas au courant, soit ils sont au courant, mais n’ont pas l’impression qu’ils doivent faire quelque chose, soit ils ne savent même pas que c’est mal. Du coup ils laissent faire, laissent dire, ou participent. Je suis bien tranquille : ils ne me mettront pas de bâtons dans les roues !

— Des exemples de « pas au courant » ?

— Les musulmans ne savent rien, ou presque, sur les Illuminati, rien sur les Satanistes.

— Vous associez Illuminati et Satanistes ?

— Bien sûr. Ce sont les mêmes.

— Des exemples de « au courant, mais ne se sentent pas concernés » ?

— Le mariage homosexuel. Le suicide.

— Des exemples de « ignorent que c’est mal, et donc participent » ?

— Pff… la liste serait trop longue ! Mais au fait, j’ai parlé des musulmans, j’aurais plutôt dû parler des Arabes.

— Comment ça ?...

— Et bien, les défauts des musulmans ne sont pas vraiment les défauts des musulmans.

— Pardon ?

— C’est comme si on reprochait aux tee-shirts Lacoste d’être de mauvaise qualité. Les tee-shirts Lacoste sont d’excellente qualité !... Ce sont les imitations qui sont de la camelote. Il ne suffit pas d’avoir le crocodile : encore faut-il respecter toutes les normes de fabrication.

— Heu… Je suis perdu, là. Quel crocodile ?

— L’étiquette musulman ne coûte rien. Ce n’est qu’un titre. Parfois, il n’y a rien, ou presque rien, sous ce titre…

— La majorité des musulmans seraient de faux Lacoste, dites-vous ?

— Oui.

— Mais alors qui va vous dénoncer ? Qui va sortir la population de sa dangereuse hypnose ?

— Personne, je vous dis !... Et c’est ça qui est drôle. Ah, ah, ah !...

— Votre cynisme me fait horreur.

— Les avocats du bien ne sont même pas au courant qu’il y a un procès, ne sont même pas au courant qu’ils ont un client à défendre – et pour disqualifier la partie adverse, ils n’ont qu’une plaidoirie en trois mots : « C’est haram ! »

— Qu’est-ce que ça veut dire ?...

— Ça veut dire que c’est interdit, illicite. Avec un argument aussi court, qui va les croire ?... C’est un peu comme si, dans le grand procès qui se joue sans cesse au tribunal du monde, on avait d’un côté un avocat finaud et madré, éloquent et psychologue, qui peaufinait sa plaidoirie depuis des siècles, et de l’autre côté, un enfant de cinq ans qui ne savait que répéter : « Méchant ! Méchant ! Pas bien ! » Et le meilleur, c’est que cet enfant ne parle même pas français ; il s’exprime dans un sabir de français et de breton !

— Comment ça, de breton ?

— Enfin, d’arabe, c’est pareil.

— Je ne pense pas qu’un linguiste serait d’accord avec vous…

— Il parle dans une langue qui n’est pas comprise par l’assistance, voilà ce qui compte. Alors, qui va gagner le procès ?... Il n’y a aucun suspens !

— Mais puisque vous parlez de gagner et de perdre, n’y a-t-il pas un autre enjeu, au-delà cette vie ?

— Pff… Arrêtez de parler comme un croyant, c’est agaçant ! D’ailleurs tout n’est pas joué, non, non, non ! On verra, au jour du Jugement, si je n’ai pas le dessus ! J’aurai tous les méchants avec moi, et je vous garantis que ça fait du monde ! Oui, n’en doutez pas : ce jour-là comme tous les autres jours je serai le plus fort !

— Hum. Si vous le dites…

— Gardez votre moue sceptique pour vous, écrivaillon !

— Je sais, je sais : je ne suis qu’un médiocre, un pauvre type qui écrivote en attendant la mort. Inutile de me le répéter. Vous disiez donc que les musulmans de France parlent une langue… hybride ?

— Oui, c’est là encore mon Œuvre. Mais je dois reconnaître que celle-ci n’a présenté aucune difficulté : il m’a été d’autant plus facile de convaincre les musulmans de parler et d’écrire en Arabais, qu’ils n’ont jamais eu l’idée de faire autrement…

— En Arabais ?

— Vocabulaire franco-arabe et syntaxe française : un charabia au rabais. Ce qui donne : « Payez la zakat, suivez la sounna, n’oubliez pas yawm al qiyama, et qu’Allah vous facilite le hadj ! »

— C’est vrai que ce n’est pas très clair… Enfin, peut-être que c’est très clair, mais je n’y comprends rien… Cependant je ne vois pas très bien où est l’enjeu, pour vous ? Pourquoi voulez-vous qu’ils parlent Arabais ?

— Vous avez donné la réponse vous-mêmes : ce qui m’intéresse c’est que vous n’y compreniez rien, vous et tous les petits franchouillards monolingues de votre espèce. Que la religion de Dieu soit incompréhensible, voilà ce qui m’intéresse ! Ah, si je pouvais convaincre les musulmans de traduire tous leurs bouquins en créole, puis de les crypter avec une clef secrète, et enfin de les enfermer dans un bunker six pieds sous terre…

— Vous avez peur que les gens se convertissent, c’est ça ?

— Je n’ai peur de rien ni de personne ! Et d’ailleurs c’est déjà ce qu’ils font, ces traîtres. Mais si je peux limiter la casse…

— Hum. C’est vrai qu’en y réfléchissant, l’Islam n’est pas très connu. On sait seulement que les musulmans évitent le porc et qu’ils vénèrent Allah…

— Hé, hé… Allah, oui. (Quel maître ès stratégies je suis !)

— Pardon ?

— Ne faites pas attention : je me félicite au passage.

— De quoi ?

— D’Allah. Le fait que les musulmans français disent et écrivent Allah au lieu de Dieu représente un but marqué par mon camp.

— Ah bon ?

— En utilisant ces deux syllabes, ils induisent les ignorants qui les entendent ou qui les lisent à supposer que les musulmans ne vénèrent pas Dieu, mais une divinité tribale réservée aux Arabes. Ce n’est pas rien, cela !

— C’est vrai que Dieu est bien plus parlant qu’Allah. Dieu est Dieu, alors qu’Allah reste un point d’interrogation pour un francophone 100 % francophone.

— Hé, hé, hé… Vous voyez comme les mots sont importants ? Mes plus grandes victoires commencent toujours par des triomphes sémantiques ; ce sont eux les graines invisibles de mes succès les plus spectaculaires. Croire qu’à deux termes différents correspondent deux réalités différentes est une erreur des plus naturelles : comment un pauvre petit Français sans cervelle pourrait-il bien deviner qu’Allah a exactement le même sens que Dieu ?... D’autant qu’il trouve ce mot étrange et exotique dans des textes écrits en français…

— Enfin, en Arabais.

— Ne faites pas comme si vous étiez familier avec ce mot, alors que vous ne le connaissiez pas il y a cinq minutes. C’est moi qui l’ai inventé et c’est moi qui vous l’ai présenté : un peu de respect, que Diable !

— Et alors ? Il n’est pas sous copyright. La langue est à tout le monde. Arabais me plaît : je l’adopte ! D’ailleurs vous ne devriez pas jurer par vous-même, ça fait prétentieux.

— L’orgueil est réservé aux Grands et Je Suis Grand !... Et je vous rappelle aussi que c’est moi le client : c’est moi le roi.

(Un extrait censuré de : Vous n'êtes que de la boue)

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