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Tariq Ramadan, entre besoins et instincts...

Tariq Ramadan, entre besoins et instincts...

Besoins et instinct

Quoique à ce stade de ma lecture, je n'avais encore rien de concret à reprocher à Tariq Ramadan, mes soupçons prenaient à chaque minute davantage de consistance. Je me mis donc à relire L'autre en nous pour voir si je pouvais y déceler des indices supplémentaires.

Au cours de cette relecture, je pris conscience que Tariq Ramadan insiste étrangement sur les besoins et les instincts de l'Homme :

« ...l'homme est un être "dans le besoin" »1
« Il n'y a aucune liberté, ni aucun pouvoir, si les besoins humains de première nécessité ne sont pas assouvis. »2
« Les déterminations étaient déjà nombreuses : les besoins du corps, les instincts et les désirs et, de surcroît, les limites de l'intelligence et de la compréhension. »3
« Au cœur de la nature, seul et en relation avec les animaux et leur instinct, l'être humain cherche à appréhender les pouvoirs réels de son esprit, l'essence de sa liberté (du sentiment de liberté, voire de son illusion). Les lois naturelles qu'il découvre, puis les règles qu'il va instaurer vont le renvoyer à son propre fonctionnement : il est soumis à un corps, à des besoins, à des instincts qui décident pour lui, en lui, avant lui. »4

Ces références (il y en a bien d'autres) à des besoins et des instincts tyranniques qui décideraient à notre place donnent à penser que Tariq se voit lui-même comme soumis à des pulsions impossibles à contrôler, ce qui étaye la thèse du théologien libidineux contrôlé par ses plus bas instincts.

De plus, l'idée ramadanesque selon laquelle il n'y a aucune liberté tant que les besoins de première nécessité ne sont pas assouvis ouvre la porte à une irresponsabilité fort commode.

En effet, si les besoins sexuels font parti intégrante des besoins de première nécessité et que l’on n'est pas libre tant qu'on ne les a pas satisfaits, alors n'importe quel islamologue suisse peut assouvir les siens de n'importe quelle manière sans se rendre coupable de quoi que ce soit, puisque sans liberté, pas de responsabilité : un être qui n'est pas (encore) libre ne saurait être tenu pour responsable de ses actes...

Ceci est plus qu’une hypothèse. Tariq Ramadan classe explicitement les besoins sexuels parmi les besoins de première nécessité, et prétend que tant que ceux-ci ne sont pas assouvis, aucune liberté n’est possible, ni même envisageable :

« La première liberté est celle que l’on atteint lorsque l’on a assouvi ses besoins naturels élémentaires : pouvoir manger, boire, se protéger des dangers de l’environnement et assouvir sa sexualité sont des conditions sine qua non d’accès à l’idée même de liberté. »5

Notons aussi que l'évocation de l'être humain « au cœur de la nature, seul et en relation avec les animaux et leur instinct » n'est pas sans rappeler celle de Diane, déesse chasseresse entourée de ses proies naturelles. En combinant ces deux images, on obtient en filigrane une troisième : celle d'un homme « en relation » avec des femmes qui l'idolâtrent comme un dieu, tandis que lui-même ne voit en elles que de vils animaux dont les instincts répondent à ses pulsions.

« Vivre ses désirs naturels »

Une remarque (déjà citée) confirme tout ce que nous avons compris ou pressenti jusqu’ici :

« La spiritualité, c'est à la fois accepter ses instincts et les maîtriser : vivre ses désirs naturels à la lumière de ses principes est une prière. Jamais une faute, encore moins une hypocrisie. »6

Vivre ses désirs naturels est, clairement, un euphémisme pour satisfaire ses désirs sexuels. Or, Tariq Ramadan prétend que lorsqu’on vit ses désirs naturels « à la lumière de ses principes », ce n’est jamais une faute, et encore moins une hypocrisie.

Mais si vraiment le professeur d’Oxford est en train de parler des rapports sexuels licites (ceux qui ont lieu entre époux), comme le lecteur confiant et naïf le suppose naturellement, pourquoi précise-t-il qu’il ne s’agit jamais d’une faute, et encore moins d’une hypocrisie ?

Le recours à la négation implique en effet qu’on pourrait croire, penser, s’imaginer qu’il s’agit d’une faute et d’une hypocrisie… mais comment des rapports conjugaux pourrait-il relever de la faute ou de l’hypocrisie ?!

La seule manière de donner un sens à cette curieuse négation, c’est de supposer que Tariq ne pense pas à des rapports sexuels entre conjoints légitimes, plutôt à des rapports sexuels hors mariage, et que donc les principes lumineux auxquels il fait ici référence sont nettement plus souples, adaptables et élastiques que les principes islamiques.

Si Tariq Ramadan affirme que de tels rapports ne relève ni de la faute, ni de l’hypocrisie, c’est qu’étant lui-même un musulman, du moins en théorie, sa propre logique lui souffle qu’en forniquant à droite et à gauche, il commet une faute et une hypocrisie ; logique qu’il cherche à faire taire en la contredisant.

Pulsion et désir subit

Un autre passage de L'autre en nous donne matière à cogiter :

« C'est avec ce regard de l'intérieur qu'il conviendrait d'observer les femmes et les hommes qui nous entourent. Apprendre à aimer, apprendre à regarder. Apprendre à regarder, apprendre à aimer. Au-delà des apparences, des rôles et des fonctions, s'imprégner des horizons intérieurs de ceux que l'on aime par habitude, par pulsion ou au détour d'un désir subit. Retrouver les chemins de l'émerveillement et s'efforcer de discerner l'original, l'extraordinaire, le nouveau non pas « au fond de l'inconnu » ou dans le « dernier modèle » mais dans le connu, le plus naturellement exposé devant soi. Transformer la présence des êtres en paysage à redécouvrir sans cesse les éléments qui les constituent en signes. Non pas multiplier la quantité mais densifier la qualité : il s'agit de l'exact opposé de la société de consommation en amour... »7

Ce qui m’a fait tiquer, c’est le segment de phrase suivant : « ceux que l'on aime par habitude, par pulsion ou au détour d'un désir subit ».

Qui sont donc ces gens que l'on aime par pulsion, ou au détour d'un désir subit ?

Des amis ? Mais non, ça ne peut pas être des amis, car on ne devient pas ami comme on tombe amoureux. Des membres de sa famille ? On peut les aimer « par habitude », certes, mais certainement pas « par pulsion ou au détour d'un désir subit ». Les personnes auxquelles Tariq Ramadan fait ici allusion n'entrent ni dans la catégorie amicale, ni dans la catégorie familiale. Dans laquelle alors ?

Pour le découvrir, il suffit de prendre au sérieux les mots consommations en amour et, du coup, de remplacer « ceux » par « celles ».

Alors ce texte mystérieux s'illumine, et l'on prend conscience qu'il constitue une invitation non pas à la monogamie, non pas à la polygamie, mais à une sexualité un tout petit peu moins débridée.

Plutôt que chercher toujours de nouvelles conquêtes, de nouvelles proies, contentez-vous de vos maîtresses habituelles. Ne cherchez pas toujours le « dernier modèle » (ou le dernier mannequin), ne plongez pas toujours « au fond de l'inconnu » (ou au fond de l'inconnue), tournez-vous plutôt vers les valeurs sûres : des femmes avec qui vous avez des liaisons durables, des femmes qui ne risquent pas de balancer tous vos SMS sur internet dans une crise de colère, un moment de dépit. Au lieu de consommer de la chair fraîche de manière boulimique et anarchique, privilégiez la sécurité ; au lieu de chercher la quantité, concentrez-vous sur la qualité. Vous pouvez prendre autant de plaisir avec vos anciennes maîtresses qu'avec de nouvelles, c'est juste une question de point de vue et de bonne volonté...

Interprétation tendancieuse ?

Relisez attentivement le texte en prêtant une attention particulière aux mots suivants : regard de l’intérieur, observer les femmes, aimer, s’imprégner des horizons intérieurs, on aime, par pulsion ou au détour d’un désir subit, consommation en amour.

Comme tout menteur pathologique, Tariq Ramadan ne mesure pas très bien l’écart qui sépare l’image fictive qu’il cherche à donner de lui-même de sa véritable personnalité. Cet écart, il le surestime ou le sous-estime ; ici, il le sous-estime.

En prétendant se distancier de « la société de consommation en amour », Tariq Ramadan ne se rend pas compte que son discours s’inscrit du même coup dans un libertinage plus mesuré qui n’a strictement rien à voir avec l’Islam. Consommer moins et mieux, oui, excellente idée, tant qu’il s’agit de biens de consommation, mais ici il s’agit de gens, il s’agit de femmes !

Si Tariq Ramadan s’oppose à « la société de consommation en amour », c’est uniquement pour dire qu’il faut privilégier la qualité sur la quantité ; dans sa perspective les femmes restent donc à consommer, il s’agit juste de les consommer « avec modération », comme le préconise les affiches de publicité à propos de l’alcool.

1 L'autre en nous : Pour une philosophie du pluralisme. Chapitre 1 : « La quête de sens ». Sous-chapitre : « Questions, question ».

2 Ibid.Chapitre 5 : « Liberté ».Sous-chapitre : « Société ».

3  Ibid. Chapitre 5 : « Liberté ». Sous-chapitre : « Pouvoir, vouloir ».

4  Ibid. Chapitre 5 : « Liberté ».

5 L'autre en nous : Pour une philosophie du pluralisme. Chapitre 5 : « Liberté ».Sous-chapitre : « Société ».

6 Le génie de l'Islam : Initiation à ses fondements, sa spiritualité et son histoire. Chapitre 10 : « Les enseignements et la défaite ».Sous-chapitre : « La douceur, l'attention et l'amour ».

7 L'autre en nous : pour une philosophie du pluralisme. Chapitre 14 : « L'amour, le pardon et l'amour ». Sous-chapitre : « Toi ».

1Commentaires

  • Avatar
    MARC ESCALANT
    Mar 8, 2018

    Excellente analyse qui illustre comment l'intelligence égotique - la personnalité perverse, infantile, des psy - est simplement ou bêtement maline, rusée, pour s'adapter au contexte afin de maintenir la prédation vampirique.

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